Max Jacob, Corrida, 1913
Encre, pastel, gouache et aquarelle sur papier, 20,5 × 27 cm
Don des Amis du Musée d’art moderne de Céret
(Acquisition des Amis du Musée de Céret avec participation de leurs membres ainsi que de l’Association Les Amis de Max Jacob en 2025)
Max Jacob est l’une des figures les plus emblématiques de la modernité littéraire et artistique du début du XXᵉ siècle. Dans la période cubiste, il entretient avec Pablo Picasso une relation intense. Le sommet de leurs échanges reste le voyage à Céret et en Catalogne entre avril et juin 1913. Ce premier grand voyage de Jacob en dehors de la Bretagne et de Paris est un jalon marquant dans leurs recherches artistiques.
À Céret, dans le vis-à-vis de la critique redoutable de Picasso, Jacob expérimente un cubisme très personnel.
Au cours du séjour à Céret, Picasso et Jacob voyagent en Catalogne du Sud. À Figueras, ils assistent à une corrida. Jacob éprouve un sentiment d’étrangeté et ne peut pas partager la passion de Picasso : « Il paraît que la foule hurlante des arènes crie aux combattants des mots très spirituels, mais comme je ne les comprenais pas, ils n’ont pas réussi à m’égayer ». Pourtant, dans le contexte de cette découverte, le poète exécute une scène tauromachique puissante. Corrida est peut-être réalisée d’après une carte postale représentant une course de taureaux à Nîmes, photographiée par Charles Bernheim et reproduite dans les années 1910. Jacob cadre le tercio de piques. Le picador est de dos sur son cheval, celui qui présente la cape pour sortir le taureau de la charge est un membre de la cuadrilla. Au centre du premier plan, on voit le torero. Debout et coiffé de sa montera, il observe attentivement l’action.
Cette unique représentation tauromachique connue dans l’œuvre de Jacob est sans doute l’une des plus abouties du poète du point de vue de l’usage de couleurs et du pastel, particulièrement intenses avec des ombres liquides. L’œuvre est restée en excellent état de conservation (avec un réseau de pliures verticales qui indique que la pièce a peut-être été roulée et aplatie par le poète). Jamais exposée auparavant, Corrida a été présentée dans le cadre de l’exposition Max Jacob, le cubisme fantasque au Musée d’art moderne de Céret en 2024.
L’ancien propriétaire de Corrida a acquis ce dessin de la famille du peintre suédois Anders Osterlind, aussi proche de Modigliani et de Soutine. Plusieurs hypothèses peuvent être envisagées concernant la provenance de cette pièce. Elle aurait pu être offerte par Maurice Sachs, écrivain et ami de Jacob, qui avait accès à la collection de ce dernier. Le dessin a peut-être transité par le marchand André Level.
Corrida a été authentifié par l’ayant droit de l’artiste et plusieurs spécialistes du travail de Jacob ont évoqué la qualité de cette oeuvre exceptionnelle lors de l’exposition Max Jacob, le cubisme fantasque à Céret.
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